|
Cette définition nous rappelle à bien des égards
qu’une crise peut se transformer en désastre majeur pour une entreprise.
Un incident localisé n’impactera pas forcément l’ensemble d’une
institution. En revanche, une catastrophe aura obligatoirement des
conséquences lourdes sur la totalité d’une structure.
Il y a plusieurs sortes de crises qui peuvent devenir
majeures pour une entreprise, c’est pourquoi il est nécessaire de
préparer un plan d’action destiné à gérer ces crises, plan qui devra
inclure un volet « communication ».
Si le plan de communication de crise n’est qu’un des
composants d’un plan global d’urgence, il est cependant l’un de ceux qui
doit être établi selon une infrastructure précise, par les plus hauts
responsables habilités à prendre des décisions rapides. Une des clés de
la communication de crise est le recueil d’informations valides et ceci
avant tous les autres. Etre le premier à posséder les informations vous
permettra de devenir la source privilégiée des médias, de faire autorité
et d’accroître naturellement votre crédibilité. Vous pourrez ainsi jouer
un rôle de premier plan dans le cycle de l’information autour de la
crise.
Ceci vous demande d’avoir une organisation qui vous
donne la capacité d’évaluer une situation et d’agir à bon escient :
votre équipe de crise devra être prête et efficacement entraînée.
Planifier
L’intégration : Le recueil d’informations et
la communication doivent êtres intégrés à tous les niveaux de votre plan
d’urgence. La fluidité du système « recueil – communication », maîtrisé
par la cellule de crise est un facteur clé de réussite. Nous en avons eu
l’exemple lors de la tempête de fin 1999 : EDF fournissait directement
l’information aux médias, de façon coordonnée depuis le terrain jusqu’à
la tête. L’information brute (nombre de foyers reconnectés,
planification) venait valoriser l’information « sensitive » traduite par
l’effort des hommes sur le terrain. Il est à noter qu’il s’agit d’un
rare cas de crise ou l’ensemble de la population pouvait vérifier
directement la présence des équipes de l’entreprise sur le terrain
(assimilation des efforts des agents d’EDF à ceux d’équipes de secours).
Les cibles – Le plan de communication doit être établi pour
répondre à différentes cibles, sans en oublier aucune :
- Les médias
- Le public, via les médias
- Les autorités et les équipes de communication des autorités
- Votre structure, vos employés, leurs proches (surtout dans le cas où
ils sont directement concernés par la crise), à l’image de la NASA lors
de la catastrophe de Columbia qui a pris immédiatement en charge les
familles des 7 astronautes.
- Enfin, votre environnement (financiers, sous-traitants, partenaires,…)
Le mode de décision – La structure décisionnelle, le «
workflow » doit être rodé, efficace, pertinent et si possible, ne pas
dépendre pour l’essentiel de conseils « image » de dernière minute.
L’équipe sur le lieu de l’accident – Chaque site, ou lieu, à
risque devrait comporter une équipe entraînée – même sommairement – pour
vous fournir de l’information claire et répondre aux médias jusqu’à
l’arrivée de l’équipe de communication.
Communiquer rapidement – Il est vital qu’un
responsable de l’entreprise s’exprime avec les médias dès que possible
et projette une image de calme, de clarté, de compétence, mais aussi et
avant toute chose, d’empathie pour les victimes. Si possible, il doit
démontrer les compétences de l’entreprise en précisant les actions en
cours ou à venir dans des délais très brefs : participation aux secours,
au nettoyage, à l’enquête, ce qui est une meilleure preuve de
transparence que de montrer à la TV des employés en train de se faire
briffer avant un interview par les médias !
Préparez les moyens – Au delà de la
préparation des équipes, vous devez pouvoir agir sans avoir à chercher
une imprimante, un standard téléphonique, ordinateurs, connexion
Internet, carnet d’adresses, etc. Vous devrez si nécessaire posséder un
local spécialisé destiné à votre gestion de crise maintenu en
permanence… avec éventuellement une possibilité de repli sur un autre
lieu.
Un lieu pour accueillir les médias – Dans le
cas de catastrophes majeures, comme l’explosion d’une usine ou le crash
d’un avion, un centre de presse doit être prêt à l’avance, être
suffisamment grand pour accueillir les journalistes et équipé. Plus les
journalistes seront dans de bonnes conditions, plus ils seront tentés de
réaliser leur travail depuis ce lieu, plus vous serez à la source de
l’information.
Réunissez les informations de base – Essayez
d’obtenir les informations de base, fiables, faciles à interpréter :
lieu de l’accident, production, installations touchées,… Qui vous
permettront de rendre compte aux médias et d’évaluer la situation.
Evitez les spéculations – Il est important
pour votre crédibilité et afin de démontrer que vous agissez de façon
responsable de ne pas tirer des plans sur la comète. Si ces spéculations
sont reprises dans les articles de presse, vous risquez de ruiner tous
vos efforts de communication.
Faîtes vous assister d’un juriste – Evitez
toute erreur qui pourrait avoir des répercutions lourdes sur le plan
juridique tout en vous méfiant des blocages sur le plan médiatique issus
de conseils trop éclairés. N’attaquez pas systématiquement vos
détracteurs pour éviter de leur donner du crédit et une scène
médiatique. Enfin, il faut se méfier des cabinets d’avocats externes qui
ont tendance à vous pousser à agir en portant plainte à tout va, y
compris contre la presse.
Evitez de faire de la com pour la com – Une
crise n’est pas un show, certains l’oublient parfois. Seule la rigueur
est payante. Rigueur sur votre véritable compassion, que vous devez
maîtriser afin de mieux l’exprimer. Rigueur sur les informations que
vous fournissez aux médias et vos discours. Rigueur sur votre offensive
médiatique de sortie de crise. Rigueur sur la révision de vos
différentes publications, notamment sur Internet, qui ne doivent pas
vous desservir. Rigueur sur l’arrêt (ou non) de vos spots TV et autres
publicités.
Ne méprisez personne – N’oubliez pas que la
presse locale pèse un poids important dans l’opinion publique,
qu’Internet n’est plus un artefact, que des personnes peuvent souffrir,
que des liens que vous ne soupçonnez pas existent entre les gens, que
dans sous-préfet il y a préfet, que des pompiers peuvent être en train
d’éteindre des incendies dont vous pouvez être responsables,…
Les médias
Internet - Internet pèse de plus en plus
lourdement sur l’opinion publique, directement ou tout simplement parce
que ce vecteur est devenu une des principales sources d’informations
pour les journalistes. Votre site Web – ou un site Web caché – peuvent
servir de relais d’information à condition de prendre en compte les
différentes cibles. Mais surtout, n’oubliez pas que vos supports sont
probablement les moins crédibles surtout si votre organisation est
incriminée. Il existe en revanche une multitude d’autres sites qui
pourront relayer vos propos et ceci en cascade : il vous faudra choisir
les sites « contamineurs » et communiquer vers eux.
La presse écrite - La presse écrite, à
quelques exceptions, préfère les mots aux images et par conséquent
l’analyse. Elle laisse le temps au lecteur de se forger sa propre
opinion car elle lui permet de créer sa propre image de la crise. Le
temps de cycle de la presse écrite s’est réduit en raison de la
publication des journaux sur Internet, mais elle laisse toujours au
lecteur la possibilité de s’approprier l’information selon son rythme.
Elle est par conséquent un média important.
La TV - Le journal télévisé règne toujours en
maître sur l’opinion publique. Ici les mots ont finalement peu
d’importance par rapport aux images. Le temps consacré à chaque sujet
est très bref, on impose au téléspectateur l’image par laquelle vient la
preuve, même s’il s’agit d’une image d’archive. A la télévision, on ne
démontre pas, on montre, c’est tout. C’est dire, si en situation de
crise vous êtes confrontés à ce média, l’importance de votre capacité
réelle d’indignation, de compassion, de sérieux : votre attitude
physique indique immédiatement si vos propos sont sincères ou non. De
même que l’armée américaine qui fournie ses images de frappes
chirurgicales, ne laissez pas les journalistes aller chercher ailleurs
des images pires que celles que vous ne voulez pas montrer. Enfin, la
télé rend fou : faîtes attention que ceux qui vous entourent (avocats,
experts et même de nos jours les agences de com…) ne se laissent pas
grisés par ce média si redoutable, vous risqueriez de provoquer des
catastrophes médiatiques.
La radio - La radio touche fortement la
population nomade et reste aux avants postes de la diffusion de
l’information avec des rendez-vous réguliers plus fréquents que ceux de
la télévision ou des journaux. France Info diffuse en permanence de
l’information, donne le ton en France aux autres médias, est aux avants
postes. Cette radio est donc à privilégier dans votre communication de
crise.
Le mix des médias - Le circuit classique est
simple : la radio alerte le public qui ira voir les images au 20H avant
d’aller chercher un complément d’information dans la presse écrite et
sur Internet. Votre plan de communication de crise doit impérativement
prendre en compte cette complémentarité des médias. Il est également bon
de se souvenir dans sa communication de sortie de crise qu’Internet
laisse des traces, entre autres sur les moteurs de recherche. A vous de
prévoir un référencement / dé-référencement qui mettra fin à la crise.
Pour finir.
Il n’y a que deux sortes d’entreprises : celles qui
sont en situation de crise et celles qui le seront, c’est pourquoi il
est impératif de se préparer à savoir gérer les crises, quelle que soit
votre activité. Les conseils si dessus sont malheureusement insuffisants
: la com de crise ne se limitera jamais à une recette. En 2001,
immédiatement après la catastrophe d’AZF, Thierry Desmarest, Président
de Totalfinaelf, a notamment déclaré :
« Cette explosion constitue un drame épouvantable. La
vision du site ravagé est une vision bouleversante, comme une vision
d’horreur. Mes premières pensées vont à toutes les victimes et à leurs
familles, ainsi qu’à tous les Toulousains qui ont été frappés par ce
drame. Le groupe déploiera tous les moyens possibles pour manifester sa
solidarité aux familles des victimes et aux habitants de Toulouse
touchés par la catastrophe.
L’explosion a été terrible. A l’heure où nous
parlons, le bilan, probablement lourd, ne peut pas être encore établi.
Nous tenons à exprimer notre profonde gratitude aux équipes de secours
et d’intervention qui se sont immédiatement mobilisées, et avec la plus
grande compétence.
Nous ne connaissons pas encore les causes de cette
explosion. Des enquêtes ont été immédiatement déclenchées et le groupe,
parallèlement, a immédiatement nommé une commission d’enquête interne
».
Tous les ingrédients que nous avons indiqués d’une
bonne communication de crise sont contenus dans cette déclaration, mais
l’image du groupe pétrolier était préalablement détériorée, ce qui rend
inopérant les efforts de communication de Totalfinaelf : la
communication de crise doit commencer bien avant que la situation ne se
produise. C’est peut être pourquoi le concept anglo-saxon de «
reputation management » qui englobe la communication d’avant crise
pourrait être l’option à retenir…
Didier Heiderich
Mars 2003
|