|
Gestion de crise: les parutions 2013
Par Thierry Libaert, 18 janvier 2014
Cette version complète l'article paru dans Les Echos le 17
janvier 2014
Plusieurs bons ouvrages ont traité en 2013 de la communication
de crise soit directement, soit indirectement par la gestion de
crise ou par le Bad Buzz. Nous en proposons ici quelques-uns.
Thierry Portal et Christophe Roux-Dufort, Prévenir les
crises. Ces Cassandre qu’il faut savoir écouter. Armand Colin.
320 pages.
Constitué de vingt-huit points de vue d’experts venant de tous
horizons, cet ouvrage est consacré aux signaux faibles en tant
qu’annonciateurs de crises. Le haut niveau des intervenants
sollicités (Karl Weick, Patrick Lagadec, Elie Cohen, Nassim
Nicholas Taleb, …) et la diversité de leurs points de vue rend ce
livre passionnant, même si l’on aurait apprécié une synthèse
finale. Loin de se lancer dans une apologie du signal faible, le
livre en montre toute la complexité et comme le disent les
responsables du projet : « Il est ainsi toujours plus aisé
d’attribuer des signes préalables à un événement dont on connaît
ou redoute le résultat final. » (p. 15), Je recommande.
Dominique Bourg, Pierre-Benoît Joly et Alain Kaufmann (sous
la direction de). Du risque à la menace, Penser la catastrophe.
P.U.F. 380 pages.
Issu d’un colloque de Cerisy, cet ouvrage rassemble des
contributions sur le thème des risques et provenant de
spécialistes de l’histoire, de l’économie, du droit, de la
sociologie, des mathématiques… L’origine du livre est celui paru
en 1986 par Ulrich Beck, La société du risque, et de l’idée de le
resituer face aux risques actuels. Pour la plupart des auteurs, il
faut dépasser la notion actuelle de risque qui repose sur des
calculs probabilité / impact ou risques réels / perçus ou en
termes d’investissements de prévention / dommages réels puisque
les risques ont changé de nature ; ils sont moins localisables,
plus imprévisibles et surtout, pour certains d’entre eux, comme le
climat, irréversibles. Nous serions donc davantage confrontés à
des menaces qu’à des risques.
Sandrine Revet et Julien Langumier (sous la dir de). Le
gouvernement des catastrophes. Karthala. 284 pages.
Pour ceux qui s’intéressent aux problématiques des crises, cet
ouvrage présente la double originalité d’avoir une grille de
lecture anthropo-ethnologique et de centrer l’analyse sur la
post-crise et ce qui se déroule quand les médias sont partis et
que les victimes doivent reconstruire leur existence.
Grippe
aviaire à Hong Kong, coulée de boue au Kazakhstan, tsunami au Sri
Lanka, inondations dans le Rhône et en Argentine, contamination à
la dioxine à Seveso forment les six chapitres de cet excellent
ouvrage qui renouvelle les études sur la culture du risque. Un des
angles du livre est l’examen « non plus de ce que la catastrophe
détruit, mais bien de ce qu’elle contribue à produire, à faire
advenir comme recomposition sociale ». J’ai notamment été frappé
par l’analyse de la situation post tsunami au Sri Lanka où 150 ONG
furent présentes et gérèrent des sommes considérables pour aboutir
« à des projets qui profitèrent à des propriétaires fonciers
proches du pouvoir en place ». J’ai aussi appris que c’était
Napoléon III qui avait inventé le « voyage compassionnel » à la
suite des inondations de 1856 dans le Rhône en se rendant sur les
lieux pour témoigner de son soutien.
Anthony Babkine et Mouna Hamdi. Bad Buzz Eyrolles. 184
pages.
Un ouvrage bien clair sur un sujet où la frontière entre le bad
buzz et la crise est souvent nébuleuse. De nombreuses études de
cas et points de vue de spécialistes enrichissent l’ouvrage. J’ai
apprécié la typologie des acteurs du bad buzz entre le
consommateur mécontent, l’opposant systématique, le troll, les
influenceurs. Les auteurs indiquent que « La mauvaise réaction
d’une marque face à une attaque due à l’expression d’un mécontent
donne souvent de l’ampleur à une crise » (p. 101). La capacité de
désamorcer un bad buzz par une réponse adaptée est l’exercice le
plus délicat et la puissance des juristes est souvent dénoncée.
Des réflexes simples comme l’attention à l’augmentation soudaine
de mentions de l’entreprise est souvent un révélateur, avoir un
compte tweeter spécifique, engager des conversations privées et
surtout se positionner en mode coopératif.
Un livre intelligent
qui amène à réfléchir à nos conceptions traditionnelles de
communication de crise.
FNEP. Face aux crises, courage, changeons. La documentation
française. 162 pages.
Rédigé par la promotion 2013 de la Fondation Nationale
Entreprise et Performance (une douzaine de jeunes professionnels
inter entreprise et service public), ce rapport propose un constat
de la situation de la gestion des crises en France avec plusieurs
pistes d’amélioration. Parmi celles-ci, les auteurs recommandent
une meilleure coopération public-privé, une meilleure implication
de la société civile, un usage mieux maîtrisé des réseaux sociaux
et une plus grande utilisation des retours d’expérience. Le
rapport mentionne le décalage entre une gestion des crises très
centralisée au niveau des territoires avec le rôle dominant du
préfet, et l’absence d’un organe national de coordination à
l’exemple de la FEMA aux Etats-Unis. « Il faut mettre en place un
système global de planification et de gestion des crises, capable
de faire face à tous les types de crises, plutôt que de vouloir
vainement et avec toujours un temps de retard, planifier par type
de risque en multipliant et en empilant les dispositifs » (p. 51).
Le rapport observe également qu’en communication de crise, on
pense d’abord à la gestion de l’image alors qu’il faudrait
s’attacher à la récupération des données, à l’échange des
informations, à leur confrontation, à la délivrance des
recommandations aux acteurs de terrain et aux alertes, champ
négligé de la communication de crise. Un rapport bien documenté
avec une bonne vision d’exemples étrangers et une perspective
opérationnelle.
Jean-David Darsa. La gestion de crise en entreprise. Cereso.
2ème édition, 168 pages.
Une bonne synthèse sur le sujet. Très axé sur la gestion
proprement dite et les plans de continuité et de reprise
d’activité. Faible sur la communication (2 pages sur 168).
Silencieux sur les réseaux sociaux, mais l’éditeur annonce un
livre spécifique sur ce sujet, celui de Muriel Jouas, pour ce mois
de janvier 2014. Le livre intéressera plus particulièrement en
première approche les dirigeants de TPE et de PME.
Parmi les ouvrages parus en 2013 et qui, sans être centré
directement ou indirectement sur la communication de crise, leur
consacrent un chapitre ou évoquent le sujet, citons :
Timothy Coombs et Sherry J. Holloday. It’s not just PR.
Wiley Blackwell. 2ème édition, 146 pages.
Un excellent ouvrage sur les relations publiques avec de
nombreuses références à la communication de crise, notamment avec
les problématiques d’issues management. De bonnes études de cas,
comme la préparation à la crise du Center Disease Control aux USA
avec le scénario « zombie apocalypse », l’analyse du cas «
Greenpeace vs Nestlé », devenu le classique de la mauvaise gestion
de crise, comme Total/Erika avait pu l’être en 1999 de la mauvaise
communication de crise traditionnelle. Moins connus en France
l’affaire Starbucks et le non paiement de taxes au Royaume-Uni,
les assertions liant le Viagra à certaines formes d’apparition de
cécité ou les campagnes Detox de Greenpeace sont aussi présentes
et commentées.
Olivier Moch. Vade-mecum de la communication externe des
organisations. Edipro. 160 pages.
Le livre consacre un excellent chapitre IX (pages 131 à 145) à
la communication de crise.
Stéphane Foucart. La fabrique du mensonge. Denöel. 302
pages.
L’auteur, journaliste environnement au journal Le Monde
traite de la manière dont les entreprises évoluant dans les
secteurs les plus sensibles en termes d’opinion (Tabac, nucléaire,
pesticides, Gaz de schiste, OGM…) tentent de communiquer au mieux
pour faire accepter leurs thèses. Nous sommes ici dans un domaine
de gestion du risque d’opinion où la gestion de crise est toujours
proche.
Thierry Libaert, Professeur à l’Université catholique de
Louvain et Directeur Scientifique de l'Observatoire International
des Crises
© janvier 2014 Tous droits réservés
Magazine de la communication de crise et sensible.
www.communication-sensible.com
|