Le magazine de la communication de crise, sensible et de la gestion de crise édité par l'Observatoire International des Crises - OIC

Le Magazine de référence en communication de crise, gestion de  crise et communication sensible depuis 2000

Observatoire International des Crises - OIC   | Accueil | Espace Presse | A propos de l'OIC | Vie privée  Issues management & crisis communication review
Si vous avez marqué des pages sur la communication de crise, vous les retrouvez ici.Vous permet de marquer cette page pour vous en souvenir lors de votre prochaine visite sur CCCVous permet d'envoyer une page sur la communication de crise vers un autre site Web
 

Accueil
 

Le magazine


Articles


Espace presse

 




 

 ISSN 2266-6575

 


 

 



 

 



 Site web de l'Observatoire International des CriseCommunication de crise - gestion de crise - communication stratégique - magazine
Lundi 13 Avril 2026  - Le Magazine de la Communication de Crise et Sensible
Vous pouvez librement réaliser un lien vers cette page depuis votre site.

ARTICLES
accueil > Tous les articles > Article 0251
 PSA : la stratégie de la tension
 

PSA : la stratégie de la tension
Par Didier Heiderich (17 juillet 2012)

PSA : la stratégie de la tension - PDF - 5 pages

 

 

« Le groupe automobile PSA Peugeot Citroën perd 200 millions d'euros de "cash" chaque mois depuis un an ». Ce commentaire de Frédéric Saint-Geours, directeur général des marques du groupe accompagnait l’annonce réalisée le 12 juillet 2012 par le groupe PSA de la fermeture de son usine d’Aulnay et du licenciement de 8000 personnes d’ici 2014. Cette annonce, préparée depuis des mois s’est armée d’une communication de crise qui a été affinée dans ses moindres détails. Elle semble pourtant procéder d’une stratégie qui peut se révéler hasardeuse.


Le projet latéral « il faut baisser les charges qui pèsent sur le travail de manière massive »

Très rapidement, consécutivement à l’annonce, les voix syndicales et politiques se font entendre, la France est sous le choc : 8000 licenciements signifient généralement le double en perte d’emploi net et la mort des communes où les licenciements auront lieux. L’opinion publique demande des explications, vocifère contre les erreurs stratégiques de PSA qui réalise l’essentiel de ses ventes en zone euro, avec des modèles couteux et moins compétitifs que ceux de ses concurrents allemands. L’entreprise a également raté des alliances stratégiques et ne s’est pas positionnée sur le segment low cost. Avec pour bilan, des pertes sèches. La direction de l’entreprise est directement remise en cause, Philippe Varin, président du directoire de PSA Peugeot Citroën accusé d’avoir augmenté sa rémunération tout en préparant un plan social. Comme probablement prévu, le gouvernement monte au créneau pour dénoncer la méthode.

Très rapidement la riposte arrive. La stratégie du projet latéral - formalisée par Thierry Libaert son livre « La communication de crise » - est activée. Cette stratégie consiste à changer l’angle de vu de la crise, à déplacer le débat. L’attaque de PSA est frontale, elle consiste à dénoncer le coût du travail en France. Sur la radio RTL Philippe Varin se lance « pour restaurer nos marges, il y a une marge de flexibilité sur le coût du travail. Nous avons le coût du travail le plus cher en Europe et nous produisons 44% de notre production en France, donc il faut baisser les charges qui pèsent sur le travail de manière massive. » Donc tout ceci est la faute du politique, la règle n°1 du débutant en gestion, à savoir que l’on doit savoir gérer avec les contraintes de l’environnement, est balayée par cette affirmation. Qu’importe que se soit impossible en l’état de réduire massivement le coût du travail, PSA le sait pertinemment mais le terrain est balisé : la guerre contre le gouvernement socialiste fraichement élu est ouverte dans l’espoir de provoquer un débat centré sur le coût du travail en France. Les syndicats ne sont pas de reste: cette stratégie de communication met directement en cause les revendications salariales. Le projet latéral a un coût : ici c’est celui de la rupture avec le gouvernement et les organisations syndicales.


Erreur d’agenda


La communication
de crise
a pour objectif l’horizon,
le projet latéral
ne peut faire
l’économie du calendrier
au risque
de tomber dans l’artefact de communication :
un mauvais signal
sans sa contre partie souhaitée
 

Les communicants de PSA ont savamment préparé cette stratégie, agrémentée par des passages médias simultanés, idées forces et les « éléments de langage ». Mais ici, réside une première erreur, la confusion entre tactique et stratégie. La stratégie demande de s’approprier le terrain, l’environnement, l’espace. Elle a pour objectif l’horizon, le projet latéral ne peut faire l’économie du calendrier au risque de tomber dans l’artefact de communication : un mauvais signal sans sa contre partie souhaitée qui est pour PSA l’ouverture du débat sur le coût du travail, débat particulièrement politique. Prenant en compte le calendrier social, la stratégie qui semble se dessiner est de créer un affrontement droite-gauche dans lequel l’ensemble des plans sociaux seraient mis dans le même panier, avec le MEDEF (syndicat patronal) qui aurait pour rôle de mettre systématiquement l’accent sur le coût du travail. Enfin, l’annonce du plan social juste après les élections n’est pas le fuit du hasard. L’autre stratégie sous-jacente est de pousser le gouvernement socialiste à évoquer un complot de la part de Nicolas Sarkozy, d’éloigner encore plus le politique de PSA et d’abandonner droite et gauches à un débat qui date des années 80. Le pouvoir se retrouverait ainsi sous plusieurs feux, finirait par se décrédibiliser et PSA Peugeot Citroën serait libre de ses mouvements.

Mais PSA a fait une erreur d’agenda.

Le choix de porter le débat sur le terrain politique pourrait fonctionner dans des temps propices. Cependant, il est utilisé au moment où les français sont épuisés par la politique par neuf mois de campagne électorale très dure, épuisés par les affrontements, au moment où ils ont tranché pour une politique de gauche, au moment où la droite et particulièrement l’UMP, allié objectif de PSA sur la question du coût du travail, est en miette dans une phase de restructuration sur fond de guerre des chefs pour la succession de Nicolas Sarkozy. Qu’importe, le coût du travail est l’étendard brandi par les porte-parole de PSA, soigneusement médiatrainés : mais un média training n’a jamais fait une communication de crise. Le 14 juillet, lors de son interview, le Président Hollande balayera d’un revers de main le cœur de cette stratégie, avec pour réponse à la question de la mise en accusation du coût du travail : « c’est trop facile ». Oui, ça aurait été trop facile. L’argument est détruit en 18 caractères, moins que ce que permet un tweet ou un SMS.


PSA légitime l’intervention politique

En plaçant le débat sur le coût du travail, PSA ne se contente pas de créer des tensions politiques : le groupe automobile donne du pouvoir au politique, transfert de facto une partie conséquente de sa légitimité aux élus. Ce transfert de légitimité ouvre une brèche qu’il sera difficile de refermer si le gouvernement et ses alliés refusent l’élargissement du débat. Le premier signal-retour est fort, avec le Président Hollande qui ne se fait pas prendre dans la toile savamment tissée, même si lui aussi évoque la complicité entre PSA et Nicolas Sarkozy sur le silence pré-électoral. En tous les cas, puisque PSA s’occupe de politique nationale, le politique peut s’occuper de PSA. Il sera difficile de faire marche arrière. La voie est libre pour l’action politique, légitimée dans tous ses actes destinés à réduire le plan social et donc de se mêler au-delà de la législation d’une affaire de droit privé. Quoi qu’il en soit, PSA aura du mal à masquer ses erreurs stratégiques par un écran de fumée politique.

En communication de crise, il faut savoir ce que l’on cherche à protéger

L’ensemble de cette communication à trois bandes pose la question essentielle : ce à quoi elle se destine. Car en communication de crise, il faut savoir ce que l’on cherche à protéger. A protéger l’image de PSA auprès des clients et des investisseurs ? Un point du plan social pose de sérieux problèmes avec des licenciements en masse dans les services de recherche et développement pour ne conserver que « les compétences critiques » selon les termes utilisés par le groupe. Cette annonce à elle seule met en danger la capacité de PSA à réaliser des emprunts à long terme car elle indique que l’un des cylindres du moteur Peugeot-Citroën est en rade : un mauvais signe pour l’avenir. Cette annonce est également terrible pour le court-terme, car pour le grand public elle est déjà un signe de l’obsolescence des véhicules que le groupe a du mal à vendre. Pas de rêve, pas de vente d’automobiles de moyen et haute gamme.

Il est à noter que le client semble absent des publics visés dans ces choix stratégiques. PSA fait le pari que le consommateur sera plus pragmatique qu’idéaliste, et qu’il n’existe pas de clients de gauche ou de droite. Mais une voiture n’est pas un T-shirt et le consommateur même s’il n’est pas citoyen peut être choqué. Et tout pèse dans un choix aussi important que l’achat d’une voiture dans un secteur ultra-concurrentiel. Gageons que les vendeurs de Toyota qui a annoncé en juin que le groupe produira en France pour le marché américain tenteront de faire la différence avec cet argument qui pourra l’emporter et grignoter un peu plus la marque au lion comme celle aux chevrons.

Cette communication crise peut se destiner à protéger la direction. La réponse semble cette fois positive. D’abord parce que les marchés ont salué l’annonce par une hausse immédiate du titre PSA, ensuite, la direction s’assure de son poste jusqu’à la fin de la restructuration. De ce point de vue, la communication est également choisie pour protéger le plan social. Mais c’est ici que le doute est autorisé, car la stratégie de la tension est rarement payante lorsque le bras de fer se fait à l’encontre de l’Etat.


L’hasardeuse stratégie de la tension

Généralement, la communication de crise se satisfait de stratégies d’alliances. Il s’agit de limiter le nombre de feux, de réduire le périmètre de la crise, de délégitimer l’adversaire, d’avoir une politique de dialogue sur ce qui est négociable. PSA a choisi une stratégie de la tension qui a provoqué la colère du gouvernement, agacé le Président de la République. Pourtant dans un plan social de cette ampleur, le pouvoir en place a un impact conséquent sur la gestion de la crise. Et l’on a du mal à comprendre pourquoi PSA commence par l’épreuve de force, par une remise en cause directe de la pensée politique socialiste. Dans tout plan social réside une part négociable. On peut alors imaginer que PSA utilise une stratégie tension-détente, classique, mais ici dangereuse. Car en choisissant de dénoncer la doctrine socialiste, c’est directement le gouvernement actuel que l’entreprise remet en cause. Créer une tension pour ensuite annoncer un plan avec moins de licenciements et permettre ainsi à l’Etat de sortir la tête haute serait une manœuvre rudimentaire que n’importe qui pourra démasquer : le chef de l’Etat n’apprécierait pas d’être ainsi convoqué ni que les français soient aussi grossièrement manipulés.

Société Générale – banque systémique - avait omit, à tort, de prévenir Nicolas Sarkozy de l’affaire Kerviel provoquant la colère du Président. On ne joue pas avec le chef de l’Etat. Daniel Bouton qui dirigeait alors la banque en a fait les frais et fut rapidement débarqué. Se mettre à dos de Président de la République, c’est choisir de naviguer sur une mer rugissante, avec pour horizon des nuages très noirs. Et la communication de crise demande justement d’explorer l’horizon, et non de regarder le doigt qui le pointe. Attendons la suite.

DH.

 

 

 

 

 

 

 

©  Tous droits réservés

 

 

Magazine de la communication de crise et sensible.
www.communication-sensible.com

 

Print  

 


 

 

Antropia - Moteur de recherche documentaire sur les sciences de l'information et de la communication Rechercher avec antropia

Gestion de crise, 20 ans après. Bilan et perspectives
Numéro spécial 20 ans -
n°25
Téléchargez le magazine n°25
46 pages, PDF - gratuit.
ISSN 2266-6575


 

Cahier thématique n°1
Les crashs aériens, retours d’expérience et bonnes pratiques
Télécharger le Cahier thématique n°1 - pdf - 28 pages,
ISSN 2266-6575

 

Communication financière de crise
Télécharger le magazine n°24 - pdf - 29 pages,
ISSN 2266-6575
 



 

Actualité


Formation à la gestion de crise
à distance
Une formation conjointe HEIDERICH Executive et Observatoire International des Crises

Informations sur la formation à la gestion de crise
 

France.Santé/Collectivité territoriale/IHEMI
Co-écriture de l’article « Covid-19 : un défi pour la gestion des crises sanitaires des Villes avec Anthony Meslé-Carole, directeur risques, résilience et gestion de crise de la Ville de Montreuil, dans le numéro des Cahiers de la sécurité et de la justice : « Vers une sécurité sanitaire ? Premières leçons d’une crise » édité par l’IHEMI, mars 2022
https://www.ihemi.fr/publications/cahiers-de-la-securite-et-de-la-justice/vers-une-securite-sanitaire-premieres-lecons-dune-crise

France.Forêts
Participation de Didier Heiderich au JTN du CNPF (Centre national de la propriété forestière),sur les enjeux sensibles et sociétaux, la communication sensible et de crise, mars 2022
 

Monde.Analyse
Comment la diplomatie du blé russe menace la sécurité alimentaire mondiale, par Didier Heiderich parue dans Les Echos, mars 2022
https://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/opinion-comment-la-diplomatie-du-ble-russe-menace-la-securite-alimentaire-mondiale-1392453

France.Conférence
Conférence de Didier Heiderich au CJD, décembre 2021 sur la gestion de crise

France.Analyse
Interview de Didier Heiderich dans l’Abécédaire « Nous sommes devenus intolérants au risque », novembre 21
https://www.labecedaire.fr/2021/11/09/nous-sommes-devenus-intolerants-au-risque/

France.Justice
Pour la 4e fois, l’Ecole Nationale de la Magistrature et l’Ena nous renouvellent leur confiance pour la formation des magistrats en poste à la communication médiatique de crise. 2021

Guadeloupe.CCI - "Webinar avec l'OIC clés de gestion et de communication de crise". Octobre 2020

 

France.Forêt - "WebTV avec l'OIC projet CHALFRAX : Le Frêne face à la chalarose, les défis de demain". Octobre 2020 - Voir

 

France.Communication - "Comment débattre des sujets qui font peur ?", Conférence Youmatter et l'Andra, juin 2020 - Lire le CR

 

Workshop. Brasil - São Paulo, 19 fev 2020 "Workshop de Gerenciamento e Comunicação de Crises Corporativas: da teoria à prática" - informação

 

Brésil.Conférence - "La gestion et la communication de crise en Amérique Latine : retour d'expérience", Intervenant : Eduardo Prestes, fondateur de Crisis Consulting Solutions (Brésil) organisée par l'OIC et HEIDERICH Consultants, le jeudi 9 mai 2019 à Paris - Lire

 

Maroc.Conférence - Conférence de Didier Heiderich sur la gestion et la communication de crise face au boycott à l'invitation d' APD Maroc. 28 juin 2018

 

 


 

 




Marque déposée

Rappel :
Observatoire International des Crises
est également une marque déposée.
 

Observatoire International des Crises
 

 

 

 
 
 Partenaires

 

Heiderich
Conseil en communication de crise et Gestion de crise

 

 


 

 

 

Permissions | Informations sur le copyright | Aide

Un problème ? Un bug ? Un lien brisé ? Signalez-le. Merci.
Le magazine de la communication de crise et sensible  (c) 2026
Le magazine | Articles | PublicationsOutils de communication et de managementFormation  |
 Mémoires | Contacts | Press room | |  

Index thématique des articles et publications
Communication de crise
| Gestion de crise | Société, sociologie et crises | Cybercrises et Intelligence stratégique |  Tous les articles

Le magazine de la communication de crise et sensible
Editeur : Observatoire International des Crises

Déclaration CNIL n° 730674 -  Indicatif éditeur 2-916429

MOTS CLES - LE MAGAZINE DE LA COMMUNICATION DE CRISE ET SENSIBLE TRAITE DES SUJETS SUIVANTS :

Ce Magazine sur la communication est édité par l'Observatoire International des Crises
 

 

Vous êtes sur
Le magazine de la communication de crise et sensible - ISSN 2266-6575




Informations sur le copyright