Connaissez-vous
la théorie des quanta ? Alors que nous imaginons vivre dans un
monde qui fonctionne selon un modèle continu, la réalité physique
est toute autre : notre matière est discrète et l’illusion du
continuum est le fruit de notre regard incapable de distinguer ces
infimes transitions. En est-il de même pour les crises ? Nous
pouvons supposer que oui. Nos sociétés et économies sont secouées
par de multiples crises dont nous n’observons que les conséquences
globales dans la dérive économique et sociale, le mal être, le
sentiment que rien ne va plus, ponctué par des irruptions que nous
nommons « crises ».
La société humaine est en surchauffe. Avec les nouveaux moyens
de communication, l’emballement économique, l’accélération des
échanges, la réactivité accrue des médias, nous créons un substrat
brownien propice à l’émergence d’une multitude de micro crises, de
plus en plus nombreuses et conséquentes. Cette surchauffe que nous
percevons globalement est source d’incompréhension, d’inquiétudes
et d’angoisses pour des populations désemparées. Il en est de même
dans les entreprises qui se doivent de participer à l’accélération
des mouvements pour pouvoir survivre. De fait, nous observons une
contraction des cycles financiers, économiques, de création, de
production et de vente. Cette contraction a cependant des limites
observables. La première concerne l’humain pour qui cette
incroyable accélération de la compression des temps est de plus en
plus intolérable. Il en résulte des phénomènes de rejet
individuels par la dépression ou collectifs avec les NON français
et néerlandais au référendum sur la constitution européenne. La
seconde, mise en exergue par l’actualité, est l’incapacité pour
les politiques de peser réellement sur l’inflation économique, se
contentant de réguler ou de déréguler en fonction de leurs
convictions, mais surtout – et particulièrement en France – de
rester arc-boutés sur des positions surannées, sans s’apercevoir
qu’ils demandent aux citoyens désemparés d’intégrer des
changements qu’ils refusent pour eux-mêmes. Face à cette crise de
régime, plusieurs stratégies de communication de crise ont été
empruntées par le gouvernement français. Il y a eu la stratégie du
refus de la crise, ponctuée par l’incantation « ayez confiance »
de M. Raffarin, premier ministre poussé dans l'escalier des
Gémonies, incantation dérisoire dans un climat morose. L’autre
stratégie, bien plus porteuse, fut celle de M. Sarkozy, avec le
déplacement du terrain de la crise. En focalisant l’intention des
médias sur l’action policière face au sentiment croissant
d’insécurité, avec l’utilisation d’une rhétorique ferme et
déterminée et pour support de preuve une présence sur tous les
terrains de l’actualité, l’ex et nouveau ministre de l’intérieur,
donne le sentiment de l’action, de la réactivité et de
l’efficacité.
En se faisant, M. Sarkozy semble agir sur les quanta. C’est ici
que la communication de crise trouve son meilleur support, dans la
proximité avec les problèmes et difficultés rencontrés dans le
continuum en agissant fortement sur la perception, sans forcément
attendre que l’événement que nous nommons encore crise surgisse du
continuum. C’est probablement une leçon de communication de crise,
fondée sur l’acceptation, l’action et l’omniprésence dans le
substrat des crises. Mais avant d’ériger la « méthode Sarkozy » en
modèle attendons d’en connaître les limites car la
surreprésentation médiatique est également source de dérapages et
peut être un jour, d’une déception à la hauteur des espoirs
suscités. Enfin, une question plus fondamentale se pose : que
récolte t-on à semer sur le terreau de la peur ?
D.H.
Image : CARLOS TORRES - Tiempo y
Spacio IV
|