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« Gouverner, c’est prévoir », indique le fameux adage. Prévoir,
et même le pire, serait-on tenter d’ajouter, à la lumière de ce
qui s’est passé ces dernières années, en France avec la canicule,
ou plus récemment en Asie avec le tsunami. Au-delà de l’émotion
légitime qu’ils ont suscité, ces événements tragiques doivent nous
pousser à nous demander si nos pouvoirs publics se sont donnés les
moyens et ont les capacités, aujourd’hui, de faire face à de
telles crises, aussi improbables et imprévisibles soient-elles.
La nature humaine est ainsi faite : face à un désastre, elle se
demande quelle mouche a piqué le ciel. Mais, au fur et à mesure
que le temps passe et que l’événement tragique s’efface
graduellement des mémoires, cette nature humaine a aussi tendance
à oublier que la probabilité qu’une catastrophe similaire arrive
est certes faible, mais certainement pas nulle. Les économistes
donnent le nom de « myopie au désastre » à un tel phénomène
comportemental.
Dans le cas français, lorsque le pays a été frappé de plein
fouet par la canicule, le gouvernement et certains commentateurs
politiques se sont demandés s’il était bien raisonnable de blâmer
les pouvoirs publics pour un choc exogène, à savoir un climat
exceptionnellement chaud. S’il était raisonnable, en quelque
sorte, d’en vouloir au gouvernement de ne pas avoir prévu…
l’imprévisible. La réponse apparaît évidente, lorsque le problème
est posé ainsi.
Et pourtant. Nous vivons à une époque particulièrement trouble,
notamment en matière internationale. Ce n’est plus un secret pour
personne que le risque d’attentat terroriste demeure grand, et que
le nombre de personnes nécessitant des soins intensifs aux
urgences peut augmenter de manière significative, dans un lapse de
temps très court. Le mécanisme est exactement le même qui a
entraîné une hausse colossale des patients aux urgences, lors de
la canicule, en l’espace de quelques jours seulement. La
probabilité de l’événement en lui-même était peut-être jugée
quasi-nulle avant qu’il ne survienne. Mais la probabilité d’une
hausse substantielle du nombre de patients aux urgences, quelque
soit sa cause exogène, a sans doute et continue d’être
sous-estimée.
Aujourd’hui, étant donné l’état déplorable des urgences
françaises, on est en droit de se poser des questions. Plus qu’un
problème de santé public, il s’agit désormais d’une question de
sécurité nationale et citoyenne. Nous ne pouvons plus nous payer
le luxe d’être myopes face au désastre, tant les événements passés
nous ont rappelé quel était le coût de l’imprévoyance, et tant le
climat actuel ne peut prêter à l’insouciance. Nous ne pourrons
plus dire que nous n’étions pas prévenu…
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