Pour connaître le 7e ciel de la gestion de crise, le manager devra
esquiver les 7 péchés capitaux (impréparation, temps incontrôlé,
absence de maîtrise de l’interview, absence de cellule de crise,
illusion de connaître/fréquenter les journalistes, mépris des
autorités, absence de simulation) pour éviter les 7 plaies
(déroute du pouvoir, déferlement médiatique, poursuites
judiciaires, interrogations des autorités, harcèlement des
actionnaires, mécontentement des clients, doutes de l’interne)
1) Prévoir l’inimaginable
L’entreprise ne devra pas réfuter l’éventualité du pire
scénario catastrophe. La réalité d’une crise s’avère toujours pire
que la vision que les managers refusent d’imaginer. Les chefs
d’entreprise, qui ont écarté cette menace comme irréaliste, sont
rarement encore en place pour témoigner de la violence d’une
crise.
L’écueil pour les directions réside dans une croyance à double
visage : d’une part croyance que cela n’arrive pas ; d’autre part
croyance qu’il n’y a rien à faire face à l’ouragan médiatique. Les
deux appréciations sont erronées. La gestion de crise n’est pas
une affaire de croyance, mais de techniques à déployer de manière
réflexe.
2) Organiser la salle de combat (war room)
Encore appelée cellule de crise. C’est une organisation
spécifique, taillée sur mesure, pour affronter victorieusement une
déstabilisation majeure de l’entreprise. La cellule de crise
permet aux membres de la direction de se mobiliser collectivement
dans un travail d’équipe.
L’erreur courante des managers consiste à conserver
l’organisation “de croisière”, habituelle, pour maîtriser
l’inhabituel. La maîtrise de la crise impose une répartition des
tâches différentes du quotidien. La cellule de crise gère, en
particulier, les rapports et contacts avec les médias.
3) Réaliser que la crise n’existe que par l’amplificateur
des médias
La crise n’existe que par l’effet amplificateur, provoqué par
l’irruption des médias. Un accident industriel, un incident
financier, un confit social ne constitue de manière
“in-tragène“qu’un épisode de la vie quotidienne des dirigeants.
Cet épisode devient crise quand des éléments exogènes, les
journalistes, s’invitent dans le processus et que l’entreprise ne
répond pas de manière adéquate, soit par le silence, soit de
manière trop succincte. Les médias alors fantasment. Quand la
presse n’accède pas à des informations précises, elle suppute et
suppose ; le journaliste devant occuper les colonnes de
l’actualité. Les informations, réelles ou fantasmées,
inlassablement recopiées par tous les autres médias, deviennent
réalité universelle. Une réalité parfois totalement opposée à
celle de la situation.
4) Travailler au chrono
Lors du déclenchement d’une crise, le temps se comprime au
rythme de l’accélération d’un avion de chasse. L’espace se
compresse, supprimant les espaces de décision. La gestion d’une
crise n’est affaire ni de jour, ni d’heure. C’est un impératif de
minutes et de secondes.
C’est à ce moment que l’équipe de direction entre dans une
autre dimension où les repères habituels du management
s’évanouissent. Un management de crise, dont la composante
essentielle est le chronomètre, prend le relais
5) Pratiquer des simulations
Seules des simulations intenses, articulées autour de scénarios
implacables, permettent de tester la solidité de l’organisation et
la résistance des hommes. Un grand nombre des cellules de crise
sont des simulacres qui ne résisteraient pas 2 heures en cas de
crise réelle.
La simulation procure également un énorme avantage. Celui de
donner aux membres de la cellule, la confiance collective pour
affronter la plus brutale des secousses.
La simulation adoptera la même intensité et le même rythme que
ceux d’une crise ré-elle. L’équipe d’animation organisera le
“reflet” journalistique pour que l’équipe de direction dispose en
temps réel des échos médiatiques.
6) Exprimer un discours médiatisable
Le discours constitue “le corpus” qui exprime l’entreprise, son
identité, ses valeurs, ses atouts mis en forme mémorisable. Le
discours doit avoir été conçu pour balayer les épisodes probables
de crise et les argumentions à développer. Il revêt une forme
journalistique, pour que les porte-parole s’expriment dans un
langage médiatisable. Des batteries de questions doivent être
recensées et les réponses être soigneusement élaborées.
Les mots, en situations de crise, figurent un rasoir sur le fil
duquel il faut rester en équilibre. Les idées doivent s’exprimer
positivement. Chaque mot doit refléter la précision technique, la
détermination, la vérité, et la responsabilité.
7) Garder le leadership de la communication
Une entreprise doit toujours rester maître de sa
communication…surtout en cas de crise.
Le respect des 7 étapes permet de garder la maîtrise des
évènements. Être l’initiateur de la communication, permet d’une
part de contrôler le timing du déroulement, d’autre part à
l’entreprise d’éviter de se retrouver en situation d’accusée.
L’attitude gestionnaire permet d’émettre des signes vers les
médias et les autres cibles, la marque d’un management aux
commandes et à la barre du navire dans la tempête. Les
commentaires des médias s’opposent selon que la direction impose
le respect ou donne l’image d’un équipage réfugié sur le radeau de
la méduse, jouet des éléments déchaînés. Cette maîtrise se
poursuivra dans l’après crise.
Pascal Ragot est un spécialiste de la gestion de crise et de
mediatraining avec plus de 20 ans d'expérience, acquise
principalement au sein de grands groupes de communication. Ses
récentes interventions ont été réalisées au profit de : L'Autorité
de Sureté Nucléaire, Pionner, Whirlpool, La Fondation Orphelins
Apprentis d'Auteuil, Metaleurop.
Contact :
pascalragot@wanadoo.fr
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